Ce joueur surnommé « Trézéguet » n’a rien de français : l’histoire méconnue de cette star égyptienne du football

Il ne parle pas un mot de français et n’a jamais posé un pied dans l’Hexagone pour y jouer. Pourtant, tout le monde l’appelle « Trézéguet ». Mahmoud Ahmed Ibrahim Hassan est cent pour cent égyptien, né à Kafr el-Cheikh, dans le delta du Nil, et son surnom ne doit rien à une quelconque origine française. C’est une histoire de ressemblance physique repérée par un entraîneur de jeunes, il y a une vingtaine d’années, qui a fini par coller à la peau du joueur jusqu’en sélection nationale et en Premier League.

À retenir

  • Un crâne rasé et un instinct de buteur suffisent pour hériter du surnom d’une légende française
  • Une tradition égyptienne décennale : rebaptiser les joueurs locaux après des stars mondiales
  • Du cœur du delta du Nil à Aston Villa et la Coupe du monde : le parcours méconnu d’un pseudo

Un crâne rasé qui a tout déclenché

Né à Kafr El Sheikh, il reçoit le surnom de Trézéguet à l’âge de neuf ans de la part de Badr Ragab, un entraîneur de jeunes dans l’équipe de son école, qui remarque que Mahmoud a le crâne rasé et un instinct de buteur clinique qui rappelle beaucoup le champion du monde français et légende de la Juventus, David Trezeguet. Ragab, ancien joueur des années 1980 devenu formateur au centre du club cairote d’Al-Ahly, avait pour habitude de baptiser ses jeunes pousses du nom de stars mondiales. Sa méthode : encourager ses joueurs à travailler dur en imitant des joueurs célèbres, en se basant sur leur ressemblance physique et leurs compétences, ce qui l’a conduit à surnommer Mahmoud Hassan « Trezeguet » car il avait des traits de David Trézéguet.

Le principal intéressé, le vrai David Trezeguet, a fini par entendre parler de son sosie égyptien et a réagi avec humour. Selon ses propres mots rapportés dans la presse, « les cheveux, ce n’est clairement pas ça, et la position sur le terrain est différente aussi. Mais je vais demander à mon père s’il a déjà été en Égypte ». Une pirouette qui résume bien l’absurdité assumée de ces surnoms made in Égypte : on ne cherche pas la vraisemblance parfaite, on cherche l’inspiration.

Une tradition égyptienne bien plus large qu’un simple clin d’œil

Le cas Trézéguet n’est pas isolé. En Égypte, donner des surnoms de stars internationales aux footballeurs locaux est une pratique ancrée depuis des décennies, née notamment de la profusion de prénoms identiques (Mohamed, Ahmed, Mahmoud reviennent sans cesse) et popularisée justement par Badr Ragab lui-même. Dans le vestiaire d’Al-Ahly, on croise ainsi un « Nedved » (Karim Walid, pour sa ressemblance avec le Tchèque de la Juventus), un « Beckham » (Ahmed Ramadan), un « Obama » (Youssef Ibrahim, en référence à l’ancien président américain) ou encore un « Kahraba », littéralement « électricité » en arabe, donné à un joueur qui semble courir en permanence selon Ragab. Plus insolite encore, l’attaquant Mohamed Magdy porte le sobriquet « Afsha », qui signifie « attraper des poules » en référence à un talent d’enfance repéré par sa propre mère.

Cette manie du pseudonyme dépasse largement le folklore. Certains joueurs finissent même par faire flouter leur identité civile derrière leur surnom sur le maillot officiel, comme c’est le cas pour Trézéguet en sélection égyptienne. Un ancien psychologue des Pharaons, cité par l’AFP, tempère toutefois l’enthousiasme général : Ramy Barakat estime que les surnoms farfelus ne sont pas utiles sur le long terme. Une réserve qui n’a jamais empêché la pratique de perdurer, du légendaire Mido (Ahmed Hossam) jusqu’aux jeunes générations actuelles.

Le vrai parcours de Mahmoud Hassan, loin du folklore

Derrière l’anecdote du surnom, il y a une carrière solide, forgée à la dure. Formé à Al-Ahly, le club le plus titré d’Afrique, il fait ses débuts professionnels lors de la CAF Champions League 2012 en entrant en jeu à la place de Mohamed Aboutrika contre le rival du Zamalek. Il enchaîne deux trophées continentaux avec le club avant que son talent n’attire les convoitises européennes. Il se voit offrir un essai à l’OGC Nice, mais les dirigeants égyptiens refuseront par deux fois d’envoyer leur pépite à cet essai, malgré l’intérêt de l’Atlético Madrid, de Lille, de La Gantoise, de Nottingham Forest, du Stuttgart et de l’Ajax Amsterdam, son club le jugeant tout simplement intransférable.

Il faudra attendre 2015 pour qu’il s’exile, direction Anderlecht. L’aventure belge démarre mal, marquée par une polémique après la publication d’une photo où les visages féminins des supporters avaient été floutés, ce qui lui vaudra des accusations et des excuses publiques. Sportivement, le déclic viendra plutôt de Turquie : prêté puis transféré à Kasımpaşa, il réalise une saison complète avec seize buts en trente-trois matchs et intègre l’équipe-type du championnat. Cette explosion statistique lui ouvre les portes de l’Angleterre : en juillet 2019, Trézéguet rejoint Aston Villa pour un montant de 8,75 millions de livres. Il y devient le premier joueur égyptien à inscrire un but pour Aston Villa en Premier League, puis un héros de coupe en signant un but victorieux dans les arrêts de jeu en demi-finale de l’EFL Cup contre Leicester City, envoyant Villa disputer sa première finale de la compétition depuis 2010.

La suite est plus douloureuse : blessure faciale sévère contre West Ham, Covid-19, puis une rupture des ligaments croisés après un tacle de Trent Alexander-Arnold lors d’une défaite à Liverpool en avril 2021. Après des passages à Başakşehir, Trabzonspor et Al-Rayyan au Qatar, il a bouclé la boucle en revenant à Al Ahly début 2025. Avec la sélection égyptienne, il dépasse aujourd’hui les 90 sélections et 20 buts, et disputera cet été la Coupe du monde 2026, sa deuxième participation après celle de 2018 en Russie. Le petit garçon au crâne rasé de Kafr el-Cheikh n’a peut-être jamais joué en France, mais il aura porté son surnom français jusqu’aux plus grandes scènes du football mondial, prouvant au passage qu’une ressemblance repérée par un coach de quartier peut valoir tous les scouts d’Europe réunis.

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