Les Danois ont suivi 8 577 adultes pendant vingt-cinq ans : le sport qui allonge le plus la vie ne se pratique jamais seul

Neuf ans et sept mois. C’est le gain d’espérance de vie que révèle la plus longue étude jamais menée sur le sport et la longévité, quand on compare joueurs de tennis réguliers et sédentaires danois. Le détail qui change tout : ce chiffre record ne vient pas d’un sport d’endurance solitaire, mais d’une activité qu’on ne pratique jamais tout seul, sur un court, face à un adversaire ou un partenaire.

L’étude en question s’appelle la Copenhagen City Heart Study. Lancée en 1976, elle a suivi un échantillon aléatoire de 19 329 hommes et femmes âgés de 20 à 93 ans, tirés d’une population d’environ 90 000 habitants d’un quartier central de Copenhague. Pour l’analyse spécifique sur le sport, publiée en 2018 dans la revue Mayo Clinic Proceedings, les chercheurs se sont concentrés sur 8577 personnes ayant répondu, en 1991 et 1994, à des questionnaires sur leur mode de vie et la fréquence à laquelle elles pratiquaient huit activités physiques et sports communément suivis au Danemark. Vingt-cinq ans de suivi plus tard, direction le registre national des décès pour établir qui avait vécu le plus longtemps, et pourquoi.

À retenir

  • Un sport pratiqué seul ajoute 3 ans de vie, un sport social en ajoute 10 : quelle est la différence ?
  • Les chercheurs eux-mêmes ont été surpris de voir le tennis dépasser la course à pied de plus de 6 ans
  • Une méta-analyse montre que les liens sociaux protègent plus qu’arrêter de fumer : pourquoi ?

Le classement qui surprend les cardiologues eux-mêmes

Premier constat, sans grande surprise : tout vaut mieux que rien. Mais l’écart entre les disciplines a de quoi surprendre. Les résultats, ajustés selon plusieurs variables, donnent un classement net : tennis, 9,7 ans ; badminton, 6,2 ans ; football, 4,7 ans ; cyclisme, 3,7 ans ; natation, 3,4 ans ; jogging, 3,2 ans, par rapport aux personnes sédentaires. Un chiffre ferme la marche et interpelle particulièrement les abonnés de salle de sport : les activités en salle comme le tapis de course ou l’elliptique n’ajoutent que 1,5 an.

Les auteurs eux-mêmes ont été pris de court par ce résultat. Ils ont trouvé que les joueurs de tennis avaient l’espérance de vie la plus longue parmi les huit sports étudiés, suivis par les joueurs de badminton, de football, puis les coureurs. Le tennis devance ainsi largement des activités considérées, à juste titre, comme excellentes pour le cœur.

Ce n’est pas un hasard statistique isolé. Une autre grande cohorte, britannique celle-là, a suivi de son côté 80 306 adultes et confirmé le lien entre certains sports et une mortalité toutes causes plus faible, en particulier pour les sports de raquette. Deux populations différentes, deux méthodologies distinctes, une même tendance qui se dessine.

Pourquoi le lien social pèse plus lourd que l’effort physique

La différence entre 9,7 ans et 3,2 ans ne s’explique pas uniquement par la dépense calorique. Un tennisman ne brûle pas nécessairement plus de calories qu’un coureur sur la même durée. Le schéma qui a immédiatement retenu l’attention des chercheurs concerne la nature des activités en tête de classement : les trois premières activités étaient toutes des sports sociaux. Tennis, badminton, football : impossible d’y jouer seul, contrairement à la course ou la natation, qui restent des pratiques largement solitaires même en club.

Les chercheurs eux-mêmes formulent l’hypothèse dans leurs conclusions. Selon l’analyse, les sports impliquant des interactions sociales sont associés à une plus grande longévité que les sports que l’on pratique généralement seul. Le rendez-vous hebdomadaire fixe, la nécessité de se tenir à un engagement pris envers un partenaire, la stimulation cognitive du jeu (anticiper une trajectoire, s’adapter à un adversaire), tout cela s’ajoute à l’effort cardiovasculaire pur.

D’autres travaux, indépendants de cette cohorte, vont dans le même sens à plus grande échelle. Une méta-analyse portant sur l’isolement social a montré que la qualité des liens sociaux protège davantage contre la mortalité précoce que l’arrêt du tabac ou le contrôle du poids, un résultat qui recontextualise l’importance du facteur social dans n’importe quelle pratique sportive.

Ce que l’étude ne dit pas (et pourquoi il ne faut pas s’y fier aveuglément)

Un chiffre aussi spectaculaire mérite d’être nuancé. Il s’agit d’une étude observationnelle, pas d’un essai contrôlé : impossible d’affirmer que jouer au tennis cause, à lui seul, neuf années de vie supplémentaires. Les chercheurs le reconnaissent explicitement : les participants sédentaires étaient plus âgés et présentaient des caractéristiques associées à un risque plus élevé de mortalité, tandis que les joueurs de tennis avaient plus souvent un diplôme universitaire et une meilleure santé auto-évaluée. ceux qui jouent au tennis appartiennent souvent déjà à des catégories socio-économiques favorisées, avec un accès facilité aux infrastructures, un statut plus stable, une meilleure alimentation. Le sport de raquette n’est peut-être qu’un marqueur parmi d’autres d’un mode de vie protecteur.

Autre limite : l’étude ne précise pas de dose optimale. On ignore si jouer une fois par mois produit un effet comparable à trois séances hebdomadaires ; l’étude a montré que les joueurs de tennis vivaient plus longtemps sans établir la dose exacte nécessaire, la différence entre jouer une fois par mois et cinq fois par semaine n’ayant pas été distinguée dans l’analyse principale. Et la population étudiée reste danoise, avec sa culture spécifique du sport et son accès généralisé aux infrastructures de loisir, ce qui limite la portée universelle des résultats.

Reste un enseignement concret, qui ne dépend d’aucun ajustement statistique : le sport qui compte le plus n’est probablement pas celui qui affiche les meilleures performances cardio sur le papier, mais celui qu’on pratique avec quelqu’un, régulièrement, sur la durée. Un partenaire de squash, un adversaire de badminton du mardi soir, une équipe de foot amateur : ce filet social, fixé par un rendez-vous sportif récurrent, pourrait peser autant que les jambes ou le souffle dans l’équation de la longévité. De quoi reconsidérer l’abonnement solitaire à la salle de sport, sans pour autant le jeter aux orties : un gain de 1,5 an reste un gain.

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