Le cordage trop tendu ne rend pas la balle plus rapide. Il rend surtout le coude plus fragile. C’est le paradoxe que beaucoup de joueurs de club découvrent après avoir copié la tension affichée sur l’écran du cordeur professionnel, sans savoir que ce chiffre a été pensé pour un geste, un rythme de jeu et une masse musculaire qui n’ont rien à voir avec les leurs.
La logique semble pourtant imparable au premier abord : un cordage tendu comme une corde de guitare offre plus de contrôle, moins d’effet catapulte, donc une frappe plus précise. C’est vrai en théorie. Mais ce contrôle a un prix, et ce prix se paie souvent sur la face externe du coude, là où s’insèrent les tendons extenseurs du poignet. Une tension trop élevée transmet davantage de vibrations dans le bras à chaque impact, et si vous souffrez de douleurs à l’avant-bras ou d’épicondylite, il faut baisser la tension et passer à un cordage souple.
À retenir
- Pourquoi chaque kilo de tension supplémentaire amplifie les vibrations destructrices dans le coude des amateurs
- Ce détail dans le geste des pros que les amateurs ne voient jamais mais qui les protège complètement du tennis elbow
- Le réglage oublié par 90% des joueurs qui transforme instantanément le confort du bras
Ce que la tension fait vraiment au bras
Une étude publiée dans la revue Shoulder & Elbow a mesuré, à l’aide d’accéléromètres placés sur des joueurs amateurs, l’impact réel de trois tensions différentes lors du revers. Vingt joueurs récréatifs ont simulé des coups de revers avec des raquettes cordées à 200 N, 222 N et 245 N, pendant que des accéléromètres enregistraient les accélérations au coude, au poignet et au manche. Le résultat ne laisse pas beaucoup de place au doute : des différences statistiquement significatives ont été observées entre l’accélération moyenne au coude à 200 N (5,58 m/s²) comparée à celle à 222 N (6,83 m/s²) et à 245 N (7,45 m/s²), la tension la plus basse produisant la moindre accélération au coude.
chaque kilo de tension supplémentaire se traduit par un peu plus de choc encaissé par l’articulation, coup après coup. Les auteurs sont clairs sur la conclusion pratique : réduire la tension du cordage devrait être considéré favorablement pour diminuer le risque de développer une épicondylite latérale. Un raisonnement logique, quand on sait que l’épicondylite latérale touche près de la moitié de tous les joueurs de tennis.
Le type de cordage compte tout autant que le chiffre affiché sur la fiche de réglage. Un monofilament tendu à 24-25 kg transmet un maximum de vibrations dans la main et l’avant-bras, alors qu’un boyau naturel ou un multifilament tendu à 20-22 kg absorbe une grande partie de ces vibrations. C’est la combinaison des deux, cordage rigide et tension élevée, qui crée le scénario le plus problématique pour un bras qui n’a pas la préparation musculaire d’un professionnel.
Pourquoi les pros, eux, ne s’abîment pas le coude
C’est là que le raisonnement du joueur amateur part sur une mauvaise piste. Il observe que son joueur préféré corde très tendu et en déduit que la performance vient de là. Or les joueurs professionnels ne sont pratiquement jamais atteints de tennis elbow, ce qui pousse à se demander ce qui, dans leur geste, diffère de celui des amateurs. La réponse tient moins au matériel qu’à la mécanique du corps. L’épicondylite est avant tout un problème de crispation de l’avant-bras.
Un professionnel frappe la balle avec un timing quasi parfait, un poignet relâché au moment de l’impact et un centrage optimal sur le tamis. L’amateur, lui, compense souvent un geste imparfait par une prise plus serrée et une frappe plus tardive, ce qui multiplie les micro-chocs mal absorbés. L’apparition d’un tennis elbow est bien souvent liée à la pratique de mauvais gestes et à un matériel inadapté, ce qui explique pourquoi cette blessure touche essentiellement l’amateur et très rarement le professionnel, qui maîtrise sa technique et son équipement.
Il faut nuancer un point, par honnêteté journalistique : toutes les études ne s’accordent pas sur le poids réel de la tension dans l’équation. Une recherche présentée lors d’un congrès de médecine physique a par exemple examiné plusieurs facteurs chez des joueurs récréatifs souffrant de tennis elbow. Le genre, le niveau, la préférence de prise en coup droit ou revers, la taille du grip, l’usage d’un antivibrateur, ainsi que la tension, le poids, la taille du tamis et la rigidité de la raquette n’étaient pas associés de façon statistiquement significative au tennis elbow dans cette cohorte précise. Ce qui ressortait davantage, c’était la fréquence de jeu, les étirements du poignet avant match et l’usage d’un revers à une main ou de cordages en Kevlar. Ce genre de résultat rappelle que le tennis elbow est multifactoriel : la tension joue un rôle biomécanique documenté, mais elle n’agit jamais seule.
Le réglage qui protège vraiment le bras
Les kinésithérapeutes et cordeurs consultés en ligne convergent vers les mêmes recommandations pour un joueur qui ressent déjà une gêne. Le conseil habituel consiste à prendre un cordage pas trop rigide, monofilament souple ou multifilament, et à baisser la tension aux alentours de 23 kg pour commencer. Le multifilament, qui imite la structure du boyau naturel, est considéré comme le cordage idéal pour les joueurs sujets aux douleurs au coude, même si sa durée de vie moyenne de 20 à 30 heures reste plus courte que celle d’un polyester, surtout pour les frappeurs puissants.
La solution ne se limite pas au fil qui traverse le tamis. Un cadre trop rigide n’absorbe pas assez les vibrations de la balle et les transmet directement au bras, ce qui fatigue les muscles et provoque des douleurs, notamment au coude ; opter pour un cadre plus flexible aide à mieux amortir ces chocs. Le poids compte aussi dans l’équation, dans une certaine mesure : plus une raquette est lourde, plus elle absorbe les vibrations à la place du bras, sans pour autant qu’il faille choisir la raquette la plus lourde possible, l’idéal étant de tester plusieurs poids pour trouver celui qui convient.
Reste un dernier détail que peu de joueurs vérifient : la fréquence de recordage. Même un cordage qui n’a pas cassé doit être changé, car il perd sa tension et son élasticité avec le temps. Un cordage vieux de plusieurs mois, détendu de façon irrégulière selon les zones du tamis, transmet des chocs imprévisibles à chaque frappe, un peu comme une suspension de voiture usée qui renvoie chaque nid-de-poule directement dans le dos du conducteur. Avant de changer de raquette ou de consulter, un recordage à tension modérée avec un multifilament reste souvent le geste le plus simple, le moins cher, et le plus négligé.
Sources : decathlon.fr | irbms.com