Le cérumen n’est pas de la crasse à évacuer à tout prix. C’est une sécrétion protectrice fabriquée par des glandes spécifiques du conduit auditif, et les oto-rhino-laryngologistes le répètent chaque été avec la même insistance : après la baignade, le coton-tige est le pire réflexe possible. Le conduit est alors humide, la peau fragilisée, et le cérumen ramolli. Y planter un bâtonnet ne fait que compacter le problème au lieu de le régler.
À retenir
- Le cérumen est une protection naturelle, pas une impureté à évacuer à tout prix
- Le coton-tige après la baignade compacte l’eau et le cérumen au lieu de les éliminer
- Des gestes simples et gratuits remplacent le coton-tige avec bien plus d’efficacité
Le cérumen, un bouclier qu’on a longtemps pris pour de la saleté
Cette substance cireuse, jaune à brune, n’a rien d’anodin d’un point de vue physiologique. Sécrétée par les glandes cérumineuses de la peau du conduit auditif, elle renferme aussi du sébum et des squames, et assure la protection des parois du conduit, notamment vis-à-vis de l’eau susceptible de pénétrer dans l’oreille, tout en piégeant les corps étrangers comme les poussières et bactéries. ce que beaucoup considèrent comme une impureté à extraire est en réalité une barrière antibactérienne et anti-humidité.
L’oreille sait d’ailleurs se nettoyer toute seule. Grâce aux mouvements naturels de la mâchoire, comme parler ou mastiquer, le cérumen migre naturellement vers l’extérieur. Vouloir l’aider avec un coton-tige revient donc à interférer avec un mécanisme qui fonctionnait très bien sans intervention. La Société française d’ORL a d’ailleurs profité du débat sur l’interdiction des bâtonnets en plastique non biodégradables pour rappeler ce point : depuis le 1er janvier 2020, la mise à disposition de bâtonnets ouatés dont la tige n’est pas composée de papier biodégradable est interdite en France, une directive européenne transposée pour éviter la dissémination de plastique dans la nature. Le changement de matériau n’a rien réglé côté usage : le geste reste risqué, quelle que soit la tige.
L’été, saison à haut risque pour les tympans
Le phénomène a même un nom clinique : l’otite du baigneur. Elle se manifeste par une douleur vive, des démangeaisons, un gonflement du conduit auditif et parfois un écoulement, et elle frappe très majoritairement à la belle saison. Elle survient souvent en été, à l’occasion des premières baignades, précise la SFORL. Le mécanisme est presque mécanique : l’eau qui stagne ramollit le cérumen déjà présent, crée un effet bouchon, et transforme le conduit auditif en environnement humide propice aux bactéries.
Piscine ou mer, le risque ne se joue pas au même endroit. L’eau qui stagne dans le conduit auditif dilue le cérumen censé le protéger de la prolifération des bactéries, et les agents pathogènes ont alors quartier libre pour se développer et déclencher des inflammations. Ce n’est pas qu’une question de confort : l’humidité persistante est un facteur de risque d’infection, favorisant la prolifération de bactéries comme Pseudomonas aeruginosa ou Staphylococcus aureus. Le chlore n’arrange rien : il peut aussi irriter la peau du conduit auditif, poussant les glandes à sur-produire du cérumen en réaction défensive, un cercle qui finit par obstruer davantage l’oreille.
Pourquoi le coton-tige transforme un désagrément en vrai problème
Le réflexe semble logique après une baignade : l’oreille est bouchée, on attrape le premier coton-tige venu pour « assécher ». Mauvais calcul. Le petit bâtonnet ne va faire que pousser l’eau et le cérumen plus profondément dans l’oreille, aggravant précisément la sensation qu’on cherchait à faire disparaître. Le geste ne se contente pas de déplacer le problème, il abîme aussi la structure du conduit : les cotons-tiges abîment la fine pilosité du conduit auditif, cette pilosité qui participe justement à l’évacuation naturelle des débris.
Les conséquences vont parfois plus loin qu’une simple gêne. Le geste peut induire des microtraumatismes dans le conduit auditif externe, source d’infections, voire une perforation du tympan si le geste est trop profond ou trop brusque. Et il existe un incident plus trivial mais fréquent : la perte de la boule de coton, qui se détache du bâtonnet et reste coincée au fond de l’oreille. Ce corps étranger oublié finit régulièrement en salle de consultation ORL, coincé contre le tympan.
Ce qu’il faut faire à la place
La bonne nouvelle, c’est que les alternatives sont simples et ne demandent aucun matériel spécialisé. Après la baignade, il suffit généralement de pencher la tête sur le côté, de tirer doucement sur le lobe pour faciliter l’écoulement, puis d’essuyer le pavillon avec une serviette propre. Si l’eau résiste, un sèche-cheveux réglé sur air tiède et tenu à une trentaine de centimètres peut aider, en quelques secondes seulement. Pour les nageurs réguliers ou les oreilles sensibles, mieux vaut anticiper plutôt que corriger : des bouchons adaptés à la baignade évitent que le problème ne se pose.
Reste un dernier point que peu de baigneurs connaissent : une oreille qui semble bouchée après la piscine n’est pas toujours signe d’un simple excès d’eau. Si les sons résonnent quand vous parlez, c’est souvent que de l’eau est restée bloquée à l’intérieur du conduit, derrière un petit bouchon de cérumen déjà existant, invisible jusque-là. Dans ce cas, forcer avec un coton-tige ou un jet d’eau puissant ne fera qu’enfoncer davantage le bouchon contre le tympan. Si la gêne persiste au-delà de quelques jours, ou si une douleur apparaît en tirant sur le pavillon, direction le cabinet ORL plutôt que la trousse de toilette.
Sources : orlfrance.org | ma-sante.news