Après 40 ans, cet exercice que vous faites à chaque course est celui qui use le plus vos articulations selon les kinés du sport

La descente. Voilà l’exercice que presque tous les coureurs enchaînent sans y réfléchir à chaque sortie, et qui, selon les kinésithérapeutes du sport, sollicite les articulations bien au-delà de ce que supporte un corps de plus de 40 ans mal préparé. Pas le sprint, pas le fractionné, pas même les escaliers. La descente, cette phase que beaucoup considèrent comme un repos bien mérité après la montée, et qui est en réalité une bombe à retardement pour vos genoux et vos hanches.

À retenir

  • Les impacts en descente doublent les contraintes mécaniques sur le genou comparé à une course à plat
  • Les étirements statiques avant la course affaiblissent votre protection articulaire, contrairement aux étirements dynamiques
  • Deux séances de renforcement excentrique par semaine suffisent à prévenir les blessures

Ce que la biomécanique révèle dans les pentes

Quand on court en descente, la mécanique du corps change radicalement. Au genou, l’amplitude de mouvement augmente de 17 % à 29 % par rapport à une course sur terrain plat, et surtout, le travail du genou pour amortir les impacts explose : de 52 % à 104 % selon le degré de la pente. Cent quatre pour cent. le genou peut absorber le double de contraintes mécaniques en descente par rapport à une foulée à plat. C’est principalement le genou qui effectue le travail d’amortissement en descente, ce qui explique directement l’association entre la course en pente négative et certaines pathologies articulaires.

La course en descente exerce une pression plus importante sur le tendon rotulien que la course sur terrain plat. Et cette pression, répétée séance après séance, finit par avoir raison des structures articulaires les moins bien soutenues musculairement. Après 40 ans, les structures articulaires sont plus fragiles et méritent une attention particulière. Ce n’est pas une question de fragilité intrinsèque du coureur senior, c’est une question de marge d’erreur qui se réduit avec les années.

Le risque de blessure augmente avec la répétition du geste, surtout lorsque la fatigue neuromusculaire peut diminuer la capacité d’amortissement des muscles. Le bon dosage de l’intensité et du volume en descente est donc primordial. Ce dernier point est capital : ce n’est pas la descente en elle-même qui est problématique, c’est la descente réalisée à répétition, sans préparation musculaire adéquate, souvent par des coureurs qui ont déjà accumulé une fatigue neuromusculaire.

Le genou paie la note, mais la hanche est complice

Le syndrome fémoro-patellaire, la tendinopathie rotulienne, le fameux syndrome de l’essuie-glace… ces pathologies ont toutes la descente comme facteur aggravant majeur. La douleur à l’avant du genou résulte d’une augmentation des forces compressives, aggravée en descente ou après une position assise prolongée. Les descentes accentuent ce phénomène car elles sollicitent davantage le contrôle latéral du genou.

Côté hanche, le tableau n’est guère plus joyeux. Le syndrome trochantérien résulte de la friction de la bandelette ilio-tibiale contre le grand trochanter, se manifestant par une douleur sur le côté de la hanche et de la cuisse qui augmente avec l’activité, surtout en descente. Deux articulations majeures touchées simultanément par le même mécanisme : l’amortissement excentrique en terrain négatif.

Ce qui aggrave la situation après 40 ans, c’est la combinaison entre une récupération plus lente et des déséquilibres musculaires souvent ignorés. Les muscles fessiers sont souvent retrouvés affaiblis chez les individus souffrant des genoux, tout comme ceux de la sangle abdomino-dorsale. Or ces muscles sont précisément ceux que le genou appelle en renfort dès que la pente se fait sentir. Quand ils sont absents, l’articulation encaisse seule.

L’erreur que font les coureurs masters : tout miser sur les étirements statiques

En parallèle de la descente, il y a une autre habitude que les kinés du sport voient systématiquement chez leurs patients de plus de 40 ans : les étirements statiques avant la course. Cette routine héritée des années 1980, reproduite religieusement au bas de l’immeuble avant chaque sortie, est aujourd’hui formellement contredite par la littérature scientifique. Les études montrent que les étirements statiques avant l’effort ne réduisent pas le risque de blessure et peuvent même diminuer temporairement la performance explosive.

Pire encore, avant l’effort, les étirements passifs diminuent l’activation neuromusculaire, ce qui peut entraîner un risque accru de blessure. Un muscle étiré passivement avant l’effort est un muscle moins réactif, moins capable de protéger l’articulation lors des premiers impacts. Les étirements dynamiques sont recommandés avant de courir, car ils aident à échauffer les muscles, à augmenter la circulation sanguine et à améliorer les amplitudes de mouvement. Ce sont les montées de genoux, les talons-fesses, les rotations de hanches qui préprent réellement votre corps, pas la posture du triangle maintenue trente secondes sur le trottoir.

La distinction est nette : les étirements statiques allongent passivement un muscle, tandis que le travail de mobilité améliore la capacité d’une articulation à se mouvoir activement dans toute son amplitude, sous contrôle musculaire. C’est ce contrôle musculaire actif qui protège le genou en descente. Pas la souplesse passive.

Ce que les kinés recommandent concrètement

La réponse tient en deux axes que les professionnels du sport répètent en consultation : renforcement excentrique et progressivité des dénivelés. Il est pertinent d’intégrer des exercices de renforcement excentrique dans sa routine, particulièrement pour les quadriceps et les fessiers. Le travail excentrique, c’est précisément le type de contraction musculaire sollicitée en descente : le muscle résiste tout en s’allongeant. S’y entraîner en dehors de la course, c’est préparer le genou à ce qu’il va affronter.

Le renforcement du quadriceps, des fessiers et des muscles profonds de la hanche est souvent prioritaire. La rééducation proprioceptive vise à améliorer le contrôle neuro-musculaire et la stabilité du genou, contribuant à prévenir les blessures en améliorant la qualité du mouvement. Du concret, sans matériel : step-downs lents, fentes contrôlées, squats unipodaux. Plusieurs études ont démontré que l’attaque mi-pied et une cadence élevée autour de 180 pas par minute diminuaient l’impact sur l’articulation du genou, tandis que l’attaque talon l’augmentait.

Sur le terrain, il est conseillé d’éviter la course à pied en descente si vous avez mal, et de privilégier les surfaces souples comme les chemins, l’herbe ou la terre, plutôt que le bitume. Et si vous aimez le dénivelé, augmentez graduellement la durée, la vitesse et la pente lors de vos entraînements en descente : vos muscles et articulations s’adapteront à mesure que vous augmenterez les contraintes mécaniques.

Un dernier fait qui change la perspective : seulement 3,5 % des coureurs amateurs développent de l’arthrose du genou ou de la hanche. La course n’use pas, le mauvais geste, répété sans préparation, lui, oui. Intégrer deux séances de renforcement des membres inférieurs par semaine reste le levier le plus documenté pour courir encore longtemps, descentes comprises.

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