Le cordeur n’a pas eu besoin d’un long discours. Il a juste pris la raquette, pianotté sur les cordes, et lâché une phrase : « T’as laissé ça dans le coffre, hein. » Pas une question. Un constat. Après deux matchs par semaine et des étés à oublier le sac au fond du coffre, le résultat était visible : un cordage mou, avachi, incapable de restituer quoi que ce soit de correct.
Ce réflexe est pourtant universel chez les joueurs amateurs. On sort du court, on balance le sac dans le coffre, on rentre manger. Pratique. Et silencieusement dévastateur pour le matériel.
À retenir
- À 60°C, le coffre transforme votre cordage en mou en quelques jours sans que ça se voie
- Une tension qui s’affaiblit silencieusement peut causer des tendinites et des problèmes de coude
- Le geste simple que personne ne fait mais qui change tout pour son matériel
Ce que le coffre fait au cordage en quelques jours
Le coffre d’une voiture est particulièrement vulnérable aux fortes chaleurs estivales : par temps caniculaire, le mercure peut y grimper rapidement jusqu’à 60°C. Pour une raquette laissée là entre deux matchs, c’est une catastrophe au ralenti. Une température chaude entraîne une déformation du cadre et un assouplissement du cordage, avec une perte de tension importante. À 60°C, le cadre d’une raquette de tennis finit même par se déformer, voire exploser.
L’été, les fortes chaleurs ramollissent et détendent le cordage. Inversement, en hiver, le froid le rend sec et le fait casser. Le coffre cumule les deux effets selon les saisons : il cuit la raquette en juillet et la fige en janvier. La chaleur détend les cordages et le froid augmente la tension des cordes. Une chaleur excessive peut assouplir le cadre des raquettes, qui risquent alors de se déformer sous la tension des cordes.
Laisser son équipement dans une voiture ou dans un local mal ventilé expose le cadre à des variations de température qui, petit à petit, fragilisent sa structure. Les cordes absorbent l’eau présente dans l’air, se gonflent et perdent leur tension, modifiant le comportement de la raquette. Ce n’est pas un dégât spectaculaire. C’est pire : c’est un dégât invisible qui s’accumule match après match.
Une tension qui fond, un bras qui trinque
La tension d’un cordage, c’est le moteur de la raquette. Elle se situe généralement entre 20 et 30 kilogrammes. Une variation même faible change tout au ressenti de jeu. Sur une semaine, pour un joueur amateur qui pratique trois fois par semaine, la perte peut atteindre 5 à 7 kilos. Cette diminution est plus marquée au début, puis tend à se stabiliser. Ajoutez à ça les dégradations thermiques du coffre, et le cordage posé en début de saison n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il était le jour du cordage.
Le problème, c’est que cette dégradation ne se voit pas. Le cordage de la raquette, c’est comme les pneus d’une voiture : il s’use et finit par perdre ses performances, même si ça ne se voit pas toujours. Continuer à jouer avec un cordage fatigué peut nuire au jeu et aux sensations sur le court. Et les conséquences dépassent largement la performance. Un cordage trop détendu va entraîner un surplus de vibrations que la raquette ne sera pas en mesure d’absorber. Ce sont donc les articulations qui vont s’inflammer et conduire à des tendinopathies comme le fameux tennis-elbow.
L’épicondylite latérale, communément appelée tennis elbow, représente 80% des pathologies du coude et affecte près d’1 million de personnes chaque année en France. Bien sûr, les causes sont multiples, mais la tension du cordage est l’un des éléments qui vient réduire ou amplifier les vibrations, traumatisantes pour le coude qui subit indirectement tous les coups de raquette.
Combien de temps avant de recorder ?
La réponse dépend du type de cordage, et c’est là que beaucoup se trompent. La durée de vie d’un cordage ne dépend pas seulement du choix du cordage, mais aussi de la manière de jouer et de l’entretien. La chaleur, le rayonnement solaire, le froid, l’humidité et les œillets défectueux sont néfastes pour le cordage : la chaleur extrême et le fort rayonnement solaire réduisent la dureté de la tension, en particulier pour les cordages synthétiques.
Pour les joueurs en monofilament, la fenêtre est particulièrement courte. Un cordage en polyester tendu à 24 kg accuse une perte de tension nominale de 20% après une dizaine d’heures d’utilisation. Résultat : si on ne casse pas au bout de 10 heures, on a une perte de tension qui annule les qualités de puissance et de contrôle du cordage. Le coffre chaud accélère ce processus. Chaleur, humidité ou stockage dans une housse inadaptée accélèrent l’usure.
Le multifilament résiste mieux. Le multifilament perd beaucoup moins vite sa tension qu’un monofilament ; on peut le jouer jusqu’à ce qu’il casse. S’il s’effiloche, ce n’est pas grave, on peut encore jouer avec. Mais même lui ne supporte pas indéfiniment les excès thermiques d’un coffre en plein soleil.
Le geste simple que le cordeur recommande
La solution n’est pas révolutionnaire. L’idéal, lorsqu’on est chez soi, c’est de ranger la raquette dans une pièce à chaleur ambiante entre 15 et 20°C. Pas dans le garage, pas dans le coffre, pas sur la plage arrière. Une pièce tempérée, point final.
Pour les déplacements, c’est tout l’intérêt d’avoir un sac isotherme qui prévient les variations de température. Ça fonctionne plutôt bien, en dehors des situations extrêmes. Stocker la raquette à l’abri de la chaleur et de l’humidité est indispensable. Les sacs ayant des poches thermo-protectrices (thermobags et sacs à dos haut de gamme de tennis) sont le meilleur allié.
Sur la question du re-cordage lui-même, ce n’est pas seulement lorsque le cordage casse qu’il est nécessaire de recorder la raquette. Il est conseillé aux joueurs en loisir de changer le cordage autant de fois par an qu’ils jouent par semaine. Un joueur deux fois par semaine : deux re-cordages par an minimum, sans attendre la casse ni la déformation visible.
Un dernier détail que le cordeur a glissé en rendant la raquette : le boyau naturel offre un toucher inégalé et conserve mieux la tension, mais il craint l’humidité et se révèle fragile face à la chaleur. ceux qui investissent dans le meilleur cordage possible, et il peut coûter plusieurs fois plus cher qu’un synthétique, ont encore plus à perdre en laissant leur raquette rôtir dans un coffre. L’équation financière est aussi simple que le geste pour l’éviter.
Sources : facebook.com | blog-tennis-concept.com