Je courais chaque été sans me poser de questions : ce qu’un médecin du sport m’a montré sur mon bilan sanguin m’a glacé

Trois séances par semaine, quarante-cinq minutes, chaussures au carré dès les premiers beaux jours. Pendant des années, des milliers de coureurs amateurs fonctionnent comme ça : l’été arrive, les kilomètres s’accumulent, et personne ne pense une seconde à regarder ce qui se passe à l’intérieur. Puis un jour, un médecin du sport étale un bilan sanguin sur son bureau et montre trois ou quatre valeurs qui posent question. Ce moment-là change la façon dont on envisage la course.

À retenir

  • Votre corps détruit mécaniquement ses globules rouges à chaque foulée sans que vous le sachiez
  • Les normes de laboratoire classiques ne correspondent pas aux besoins des coureurs
  • Une fatigue estivale peut être bien autre chose qu’une simple surcharge d’entraînement

Ce que le corps encaisse sans le dire

Si l’analyse sanguine permet de déceler des facteurs de risques cardiovasculaires pour tout individu, elle permet aussi d’établir un suivi biologique du coureur à pied. Le problème, c’est que la plupart des amateurs ne le font jamais. On s’entraîne, on se fatigue, on se dit que c’est normal d’être crevé en août. Des douleurs musculaires anormalement plus fréquentes, plus durables, ne sont pas à mettre aveuglément sur le compte d’une modification d’entraînement ou d’une surcharge physique passagère. Pourtant, le réflexe collectif reste de chercher une excuse sportive à tout.

La médecine du sport ne concerne pas que les professionnels. Elle permet de voir si les pratiquants souffrent de déficit au niveau des minéraux et des vitamines. Un peu comme les travailleurs manuels ou les travailleurs de force, les sportifs présentent plus le risque d’être carencés. Voilà le premier problème que révèle un bilan : on court, on transpire, on détruit des cellules, on consomme des ressources que l’alimentation ne suffit pas toujours à reconstituer. Et le corps ne sonne pas l’alarme tout de suite.

La carence en fer s’installe souvent de manière insidieuse. Elle commence par une baisse des stocks (ferritine basse) sans anémie, puis évolue vers l’anémie ferriprive. Ce qui glace, concrètement, c’est de comprendre qu’on peut être en phase de dégradation silencieuse depuis des mois, croire que la fatigue vient du volume kilométrique, et ne jamais faire le lien.

La ferritine, la vitamine D et les autres suspects

C’est paradoxal : plus vous vous entraînez, plus vous avez besoin de fer, mais plus vous en perdez. L’hémolyse mécanique explique ce phénomène : chaque foulée en course à pied vient écraser et détruire mécaniquement les globules rouges présents sous la plante des pieds. Un mécanisme que personne ne vous explique quand vous achetez votre première paire de running. L’exercice intense comme la course à pied provoque une destruction accrue des globules rouges. Ce phénomène, associé aux micro-chocs plantaires, entraîne des micro-hémorragies qui participent à l’apparition de l’anémie du sportif.

Une déficience en fer, qu’il y ait présence d’anémie ou non, peut nuire aux performances sportives, notamment en altérant le bon fonctionnement des muscles puisque ces derniers reçoivent moins d’oxygène. Les symptômes concrets ? Fatigue, léthargie, difficultés à récupérer des entraînements, essoufflement plus important à l’effort, fréquence cardiaque plus élevée que d’habitude. Des signaux qu’on attribue volontiers à « la chaleur » ou à « un mauvais cycle de sommeil ».

La vitamine D est le deuxième suspect habituel. Un déficit est fréquent chez les sportifs d’endurance, surtout en hiver. Cela peut perturber la fonction thyroïdienne, aggraver la baisse de testostérone, et affecter la récupération, le système immunitaire ainsi que la santé osseuse. Ce qui surprend, c’est que même les coureurs qui s’entraînent en extérieur ne sont pas épargnés : seulement 1 adulte sur 4 atteint le seuil recommandé de vitamine D en France. Les niveaux insuffisants se retrouvent fréquemment chez les sportifs s’entraînant principalement en intérieur, mais aussi chez les sportifs de plein air comme les cyclistes, coureurs et triathlètes.

Troisième valeur que le médecin pointe souvent, et qui surprend davantage : l’acide urique. Une valeur trop élevée reflète une hyperuricémie, très fréquente chez le sportif, et peut favoriser la survenue de pathologies musculaires, tendineuses, articulaires, voire rénales. L’acide urique augmente de façon physiologique avec l’effort physique, il peut donc être un marqueur d’intolérance à l’entraînement. L’hyperuricémie est très fréquente chez les sportifs de haut niveau, reflet d’une alimentation supplémentée en protéines. celui qui charge en protéines pour « muscler sa récup » et ne boit pas assez d’eau construit un terrain favorable à des tendinites récurrentes, voire à une crise de goutte. Ce n’est pas l’apanage du quinquagénaire sédentaire.

Lire les normes différemment quand on est sportif

Un détail que peu de gens savent : les normes affichées sur un bilan sanguin classique sont calibrées pour la population générale, pas pour quelqu’un qui court trois fois par semaine. À première vue, chacun des indicateurs peut sembler dans la bonne fourchette, mais ces fourchettes sont pour des personnes sédentaires et sont très larges. Pour les personnes sportives, les fourchettes sont différentes. Un médecin du sport ne lit pas les mêmes seuils qu’un généraliste pressé.

Sur le fer, par exemple, les recommandations classiques sont souvent insuffisantes pour les athlètes d’endurance, dont les besoins peuvent être 1,3 à 1,7 fois supérieurs. Et certaines études suggèrent des apports encore plus importants pour les coureurs de longue distance. Ce décalage entre les normes imprimées en noir et blanc et la réalité biologique d’un corps qui s’entraîne, c’est précisément ce qu’un bilan lu avec un spécialiste peut révéler.

Il y a aussi une question de timing. Pour que les résultats soient fiables, il ne faut pas faire d’entraînement intense ou long dans les 24 à 48h précédant l’analyse. L’inflammation liée au sport peut fausser le taux de ferritine, le faisant paraître artificiellement normal ou élevé. Venir directement d’une sortie longue pour faire une prise de sang, c’est comme photographier un moteur en pleine surchauffe pour évaluer sa santé à froid.

Passer à l’action : le bilan annuel comme outil de pilotage

Les sportifs d’endurance sont exposés à plusieurs carences : fer (pertes digestives, hémolyse d’effort), magnésium (pertes sudorales), vitamine D (entraînements en intérieur), sodium et potassium. Un bilan annuel avec un médecin du sport est recommandé au-delà de 8 à 10 heures d’entraînement hebdomadaires. Dix heures par semaine, c’est nettement moins qu’on ne le croit : trois sorties de running, deux séances de renfort, et on y est.

Il est conseillé de procéder à une analyse sanguine une fois par an, de préférence chaque fois à la même époque, vers septembre ou octobre. La fin de saison estivale a un sens logique : le corps vient d’encaisser les mois les plus intenses, les stocks sont au plus bas, et il reste du temps pour corriger avant de reprendre une préparation hivernale. Les éventuelles carences observées seront traitées dans la foulée, de manière à recommencer un cycle de préparation avec tous les niveaux au maximum.

Ce que le bilan ne fera jamais, par contre, c’est optimiser en dehors de toute carence. Si vous ne manquez pas de vitamine D, il n’y a pas d’intérêt à prendre un complément, car cela ne permet pas d’améliorer les performances. Le fer est un élément toxique à haute dose. Les auto-supplémentations hasardeuses sont à éviter. L’idée n’est pas de se transformer en consommateur de compléments par précaution, mais d’avoir une photographie précise de son état réel, pour agir seulement là où c’est nécessaire.

Un dernier fait qui mérite d’être connu : le bilan lipidique du coureur régulier révèle de façon quasi constante une baisse des triglycérides et une élévation du HDL cholestérol. Un entraînement de seulement 3 séances hebdomadaires de 20 minutes à intensité modérée suffit à augmenter le HDL de 5 % environ. Le bilan sanguin n’est pas qu’un inventaire de problèmes : il montre aussi, en chiffres, ce que la course fait de bien. Ce n’est pas la moins bonne des motivations pour en commander un.

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