Ce cardiologue demande toujours à ses patients de se relever du sol sans les mains et ce n’est pas pour tester leur souplesse

Un cardiologue brésilien demande à ses patients de s’asseoir par terre puis de se relever, sans les mains, sans les genoux, sans même chercher l’appui d’une chaise. L’objectif n’est pas d’évaluer leur souplesse de yogi mais de mesurer un facteur de risque de mortalité aussi puissant que certains examens cardiaques classiques. Ce geste, presque enfantin, s’appelle le sitting-rising test, et il a fait l’objet d’études sérieuses publiées dans une revue de référence en cardiologie préventive.

Se relever du sol sans poser les mains, sans s’appuyer sur un genou, sans chercher le bord d’une chaise s’est révélé être l’un des meilleurs prédicteurs de mortalité toutes causes confondues jamais testés en médecine du sport. C’est la conclusion d’une étude menée par le cardiologue brésilien Claudio Gil Araújo, directeur de recherche à la clinique Clinimex de Rio de Janeiro, sur une cohorte de 2002 adultes âgés de 51 à 80 ans, dont 68% d’hommes. La première publication remonte à 2014, mais l’histoire ne s’arrête pas là : le protocole a depuis été repris, affiné, et confirmé sur des cohortes bien plus larges.

À retenir

  • Un geste aussi simple que se relever du sol révèle des secrets que même les tests cardiaques classiques ne détectent pas
  • Les différences de score peuvent représenter jusqu’à 3 ans d’espérance de vie — un écart statistique vertigineux
  • Ce que ce test mesure vraiment dépasse la souplesse : il capture un cocktail de qualités physiques rarement évaluées ensemble

Un protocole minimaliste, un score qui ne pardonne rien

La consigne tient en une phrase. « Sans vous préoccuper de la vitesse d’exécution, essayez de vous asseoir puis de vous relever du sol, en utilisant le minimum d’appuis manuels possibles ». Le patient part avec 10 points au compteur, répartis équitablement entre la phase où il s’assoit et celle où il se relève. Chaque appui coûte cher : chaque point d’appui utilisé (main, genou, avant-bras) coûte un point, et chaque perte d’équilibre coûte un demi-point. un cadre de 55 ans en pleine forme qui descend et remonte comme s’il ramassait ses clés obtient un 10 franc. Celui qui doit s’agripper des deux mains, poser un genou et se rattraper au passage peut vite tomber sous la barre des 5.

Le test a d’abord tourné dans les couloirs de la clinique Clinimex à Rio, avant de s’exporter dans la littérature internationale. Une équipe de spécialistes en médecine de l’exercice a démontré que le sitting-rising-test est un outil clinique utile pour prédire la mortalité cardiovasculaire, sur plus de 4200 adultes âgés de 46 à 75 ans. Pas besoin de tapis de course, d’électrodes ou de prise de sang : juste un sol plat et une paire de baskets.

Des chiffres qui donnent le vertige

Ce que révèlent les études suivantes dépasse largement l’anecdote de cabinet médical. Sur la durée du suivi, 665 participants sont morts de causes naturelles, et les taux de mortalité augmentaient avec des scores plus bas : seulement 3,7% de ceux qui ont obtenu un score parfait de 10 sont décédés, contre 42,1% dans le groupe le plus bas (0 à 4). Un écart de plus de dix fois entre les deux extrêmes, pour un test qui prend littéralement trente secondes.

Les proportions grimpent encore quand on regarde spécifiquement le cœur. Les adultes d’âge moyen et plus âgés qui ont mal réussi le test présentaient un risque 3,8 fois plus élevé de mourir de causes naturelles et un risque six fois plus élevé de mourir de causes cardiovasculaires sur douze ans de suivi, comparé à ceux qui avaient obtenu le meilleur score. Et ceux qui pensent s’en sortir avec un score moyen ne sont pas tirés d’affaire pour autant : les participants avec des scores intermédiaires (4,5 à 7,5) avaient plus de deux fois le risque de mort prématurée, que ce soit par causes naturelles ou cardiovasculaires.

Ramené à une échelle plus parlante, l’écart se traduit concrètement sur l’espérance de vie. Les personnes qui ont le plus de difficultés à s’asseoir et à se relever du sol ont en moyenne une espérance de vie de trois ans plus courte que celles qui y arrivent le mieux. Trois ans, c’est le temps qui sépare deux Coupes du monde de football. Une paille sur le papier, un gouffre statistique en médecine préventive.

Pourquoi un simple mouvement en dit autant sur votre santé

La force du test ne tient pas à une propriété magique de la position assise au sol. Ce qu’il capture, c’est un cocktail de qualités physiques rarement mesurées ensemble en consultation. Le SRT reflète la condition physique non aérobie, englobant la force musculaire, la souplesse, l’équilibre et la composition corporelle, des facteurs de plus en plus reconnus comme déterminants pour la santé à long terme. Un cardiologue peut lire un électrocardiogramme impeccable chez un patient qui, pourtant, a perdu la capacité à coordonner ses jambes, son tronc et son équilibre pour effectuer un geste que ses parents faisaient sans y penser.

Un des atouts du test, souligné par un cardiologue interrogé sur la question, tient justement à sa neutralité entre les sexes. Il n’y a pas de réelle différence entre les sexes : les hommes ont peut-être plus de force, mais les femmes compensent par une plus grande souplesse, ce qui équilibre le score total et en fait un outil généralisable. Rare sont les indicateurs de santé qui s’affranchissent aussi proprement du genre.

Ce qu’il faut en retenir avant de tenter l’exercice chez soi

Reproduire ce test à la maison ne remplace pas un bilan cardiovasculaire complet, mais il donne une indication brute et immédiate sur sa condition physique fonctionnelle. Quelques précautions s’imposent avant de se lancer : éviter l’exercice en cas de douleur articulaire aiguë, de chirurgie récente ou de trouble de l’équilibre, s’arrêter immédiatement en cas de sensation de danger, et se contenter de deux ou trois essais en gardant le meilleur score. Ceux qui peinent à descendre sous les 6 ou 7 points n’ont pas de diagnostic à poser dans l’instant, mais un signal à prendre au sérieux : renforcer les jambes, le tronc et le travail d’équilibre pèse potentiellement plus lourd sur l’espérance de vie qu’un simple exercice de flexibilité. La bonne nouvelle, c’est que contrairement à la tension artérielle ou au cholestérol, ce paramètre-là s’entraîne à la maison, sans ordonnance.

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