Boucler ses chaussures de ski avant de les ranger pour l’été, c’est précisément la bonne méthode. Le problème, c’est que beaucoup font l’inverse : ils les stockent ouvertes, persuadés que le plastique a besoin d' »air ». Résultat : en novembre, la coque a légèrement écarté ses flancs, le maintien latéral n’est plus ce qu’il était, et le pied flotte dans une chaussure qui pourtant porte la même pointure qu’avant.
À retenir
- Une simple déformation invisible de la coque en plastique peut rendre vos chaussures impropres au ski
- L’endroit où vous stockez vos chaussures est plus important que vous ne le pensez
- Le séchage des chaussons est l’étape négligée qui explique les odeurs et la perte de maintien
Ce qui se passe réellement dans votre cave pendant l’été
Après la saison, les chaussures de ski doivent absolument être rangées avec les boucles fermées. Si elles ne sont pas utilisées pendant une période prolongée, le plastique peut se déformer lorsqu’elles sont ouvertes. La physique est simple : une coque en polyuréthane thermoplastique, laissée sans contrainte pendant six mois, tend à reprendre une position « ouverte » sous l’effet cumulé des cycles thermiques. Un sous-sol n’est pas un environnement stable. L’été y fait monter la température, l’automne la fait redescendre. Exposer les chaussures à des températures extrêmes altère les matériaux ; une température adéquate permet de préserver les matériaux. De plus, d’en maintenir les performances.
Si on laisse les boucles ouvertes, la coque se déforme. Les chaussures doivent être stockées dans une pièce aérée et sèche. Ce que beaucoup ignorent, c’est que la déformation est progressive et quasi invisible à l’œil nu. On ne voit pas la coque s’écarter de quelques millimètres. On le ressent, en revanche, dès la première descente : le pied tarde à « entrer en contact » avec la chaussure, les transmissions d’appuis sont floues, et on serre les boucles à fond sans vraiment retrouver le grip d’antan.
Il faut refermer les crochets au premier cran pour éviter que les chaussures se déforment. Il faut les conserver dans un endroit sec où la température ne risque pas de baisser en dessous de 10°C. Le plastique de la chaussure en sera reconnaissant. Ce point sur la température minimale est souvent occulté. Beaucoup stockent leur matériel en cave ou en garage, deux endroits qui descendent régulièrement sous ce seuil en hiver, exactement au moment où la saison reprend.
Le séchage, étape que tout le monde bâcle
L’ennemi principal lors d’un stockage longue durée des chaussures de ski est l’humidité. Il faut retirer les chaussons des coques, sortir les semelles intérieures pour les aérer pendant 24 à 48 heures pour garantir un séchage complet. C’est là que la plupart des skieurs sabotent leur propre matériel : on range les chaussures dans la foulée du retour de vacances, chausson encore tiède et légèrement humide, parce qu’on a autre chose à faire. Six mois plus tard, l’accueil est saumâtre.
L’humidité favorise le développement des bactéries et champignons responsables des mauvaises odeurs et des moisissures, qui peuvent conduire à des infections au niveau des pieds. Mais ce n’est pas seulement une question d’hygiène. Une humidité stagnante à l’intérieur du chausson peut entraîner une dégradation de sa mousse, qui va perdre de sa tenue et donc de sa performance. Concrètement, un chausson dont la mousse a compressé de manière inégale à cause de l’humidité ne se remet plus exactement en forme. Le pied flotte parce que le rembourrage n’assure plus son rôle de calage.
Lorsque tout est parfaitement sec, il faut remettre les semelles dans les chaussons puis placer les chaussons dans les coques, avant de serrer légèrement les crochets pour maintenir la forme de la coque durant le stockage. « Légèrement » est le mot-clé. Il faut faire sécher complètement les chaussures, puis refermer les crochets au premier cran pour éviter la déformation. Pas à fond, pas boucles ouvertes. Le premier cran suffit à tenir la géométrie sans contraindre le matériau inutilement.
L’endroit de stockage change tout
Le sous-sol est loin d’être idéal, et l’erreur du titre de cet article est donc double : boucles ouvertes et mauvais endroit de stockage. Dans le meilleur des cas, l’endroit de stockage sera sec pour éviter toute apparition de traces de rouille. Il faut éviter le garage, la cabane de jardin ou la cave ; mieux vaut privilégier une pièce à l’intérieur de la maison.
Pour le rangement, il faut privilégier un endroit frais et sec, à l’abri de la lumière directe du soleil. Les endroits humides comme le garage ou le sous-sol peuvent favoriser le développement de moisissures. Un placard dans un couloir, le dessous d’un lit, un espace sous l’escalier : n’importe quelle zone tempérée à l’intérieur de la maison sera meilleure que la pièce « humide et fraîche » qu’on imagine pourtant protectrice.
Quelques astuces simples peuvent compléter le dispositif : utiliser de la craie, des sachets de thé (de préférence du thé vert) ou du bicarbonate de soude à l’intérieur des chaussons. Ces éléments absorbent l’humidité résiduelle et donnent un parfum frais ou neutre. Cheap, efficace, et sans risque de déformer quoi que ce soit.
Ce qu’on vérifie avant la première sortie
Même avec un stockage parfait, l’ouverture de saison mérite une inspection rapide. La fin de saison, et par extension le début de la suivante, est le bon moment pour vérifier si les talonnettes des chaussures ne sont pas cassées ou trop usées. Ces patins en caoutchouc situés sous l’avant et l’arrière de la semelle s’usent progressivement et influencent directement la façon dont la chaussure s’engage dans la fixation, et donc comment elle déclenche en cas de chute.
Avant de repartir sur les pistes, il est recommandé de faire contrôler et régler les fixations dans un magasin de sport afin d’obtenir un déclenchement optimal. Beaucoup de choses peuvent changer en un an, et un réglage correct des fixations contribue directement à la sécurité. Un passage en atelier en début novembre, quand les magasins ne sont pas encore débordés, prend vingt minutes et coûte généralement peu. C’est le genre de geste qui change la saison, ou qui l’empêche de mal commencer.
Avec un entretien régulier, les chaussures peuvent durer dix ans. Une paire de chaussures de ski représente plusieurs centaines d’euros et des heures de bootfitting pour trouver la bonne forme de coque. La ranger correctement, boucles fermées au premier cran, chausson sorti et séché deux jours, pièce tempérée à l’intérieur de la maison — est probablement le geste rapport effort/bénéfice le plus rentable de toute la pratique du ski.
Sources : 2alpes-snowpark.com | ski-biathlon.fr