Doubler son volume de course pour brûler trois kilos récalcitrants, sur le papier, l’équation semble imparable. Plus de kilomètres, plus de dépense calorique, moins de graisse. deux mois plus tard, la balance affichait moins, mais le sommeil s’était dégradé, la libido avait disparu, et un rhume qui traînait depuis trois semaines refusait de partir. Ce que j’avais pris pour un simple ajustement d’entraînement était en réalité un déficit énergétique que mon organisme a fini par compenser ailleurs, souvent dans des fonctions bien plus vitales que la perte de trois kilos.
À retenir
- Pourquoi augmenter drastiquement son kilométrage sans ajuster son alimentation provoque une crise physiologique invisible
- Comment le corps choisit de sacrifier des fonctions vitales bien avant d’attaquer la graisse stockée
- Ce phénomène médical oublié que les coureurs amateurs redécouvrent à leurs dépens chaque saison
L’erreur classique : miser sur le volume plutôt que sur l’alimentation
Le raisonnement de départ n’était pas absurde. Mais il reposait sur une confusion fréquente chez les coureurs amateurs : croire que le kilométrage seul fait fondre les kilos. La course à pied est un outil pour perdre du poids, un outil. Tout comme un marteau sans clous ne permettra pas d’accrocher un tableau au mur, le running seul ne fera pas maigrir. Sans ajustement de l’alimentation, l’organisme finit par compenser la dépense supplémentaire, que ce soit par une faim accrue ou par un ralentissement discret du métabolisme.
C’est précisément ce second mécanisme qui s’est mis en place chez moi, sans que je m’en rende compte sur le moment. Le corps s’adapte à la baisse de calories en brûlant moins d’énergie au repos, ce qui fait stagner la balance et augmente le risque de reprendre le poids perdu dès qu’on reprend une alimentation normale. Doubler le volume sans revoir les apports revenait donc à creuser un déficit que le corps allait chercher à combler en rognant sur autre chose. Et cet « autre chose », les chercheurs en médecine du sport lui ont donné un nom depuis une dizaine d’années : la faible disponibilité énergétique.
Ce que le corps coupe quand l’énergie manque
Le concept clinique qui décrit ce phénomène s’appelle le RED-S, pour Relative Energy Deficiency in Sport. Il s’agit d’un syndrome d’altération du fonctionnement physiologique et psychologique chez les athlètes, causé par une exposition prolongée à une faible disponibilité énergétique, dont les conséquences incluent une baisse du métabolisme énergétique, de la fonction reproductive, de la santé musculosquelettique, de l’immunité, de la synthèse du glycogène et de la santé cardiovasculaire et hématologique. quand l’organisme n’a pas assez de carburant pour couvrir à la fois l’entraînement et les fonctions de base, il fait des choix. Et il ne choisit jamais la libido, l’immunité ou la densité osseuse en priorité.
Cette faible disponibilité énergétique survient lorsque les apports d’un athlète sont insuffisants pour couvrir les besoins liés à l’exercice et au fonctionnement physiologique normal. Le corps ne fait pas de distinction entre « les trois derniers kilos » et « la fonction thyroïdienne » : il applique un principe d’économie généralisé. Chez moi, cela s’est traduit par des nuits plus courtes malgré une fatigue plus intense, un système immunitaire visiblement débordé, et une motivation en berne que j’attribuais bêtement au surmenage au travail.
Les symptômes du RED-S sont d’ailleurs rarement spectaculaires au départ, ce qui les rend faciles à ignorer. Les athlètes qui en souffrent peuvent présenter une variété de symptômes, dont certains sont subtils, notamment des blessures fréquentes comme des fractures de fatigue répétées et des tensions musculaires. Et le tableau clinique ne se limite pas aux femmes : ce syndrome est associé à un large éventail de conséquences cliniques, incluant les troubles menstruels, l’altération de la santé osseuse, l’affaiblissement de la fonction immunitaire, les troubles digestifs, la fatigue, une fonction cardiovasculaire et métabolique réduite, et une santé mentale dégradée. Chez les hommes, la chute de testostérone et le ralentissement du fonctionnement thyroïdien produisent des effets tout aussi insidieux.
La progression brutale, facteur aggravant
Le second problème, indépendant du déficit calorique, tenait à la vitesse d’augmentation du volume. Doubler son kilométrage en quelques semaines va à l’encontre d’un principe pourtant bien établi en physiologie de l’entraînement. Une augmentation brutale du volume est le chemin direct vers les blessures, et la règle pratique des 10% (une augmentation hebdomadaire du kilométrage ne dépassant pas 10% de la semaine précédente) reflète les capacités d’adaptation réelles du système musculosquelettique. J’avais grillé cette étape sans même y penser, convaincu que la seule variable qui comptait était la calorie brûlée en plus.
Résultat : les tendons ont grincé avant même que les kilos ne bougent vraiment, et la récupération s’est allongée de séance en séance. C’est un schéma que les spécialistes de médecine du sport observent régulièrement chez les coureurs qui accélèrent leur progression sans repos suffisant. Les athlètes en situation de déficit énergétique connaissent souvent des courbatures prolongées, une récupération retardée quelle que soit l’intensité de l’entraînement, ou des maladies et blessures récurrentes. Dans mon cas, ce n’était pas une blessure franche, plutôt une lente érosion de la forme générale que je n’associais pas au running, jusqu’à ce que je recoupe les symptômes.
Revenir à un volume raisonnable, et regarder l’assiette
La correction n’a rien eu de spectaculaire : réduction du kilométrage à un niveau proche de celui d’avant, réintroduction de jours de repos réels, et surtout, un vrai travail sur les apports plutôt que sur la seule dépense. Dans ce contexte, réduire l’intensité et augmenter la récupération s’avère souvent plus efficace que d’augmenter le volume d’entraînement. Les trois kilos, eux, ont fini par partir, mais des semaines plus tard, une fois le sommeil et l’appétit revenus à la normale.
Ce qui m’a le plus surpris, c’est la rapidité avec laquelle certains signaux sont réapparus une fois l’équilibre restauré : l’envie de courir sans y être forcé, une récupération musculaire normale après une sortie longue, et ce détail qu’on néglige trop souvent, un cycle de sommeil qui ne se fragmente plus vers quatre heures du matin. La leçon n’est pas de courir moins par principe, mais de comprendre qu’un déficit énergétique prolongé ne cible jamais la graisse en priorité, il commence par grignoter ce qui ne se voit pas sur la balance.
Sources : campus.coach | xn--iod-dma.com