Je courais toujours à la même heure en pleine canicule : un médecin du sport m’a montré que je ne choisissais pas du tout le bon moment

Sept heures. Chaque matin d’été, je bouclais mes lacets à la même heure, pensant faire les choses bien en évitant le plein soleil de midi. Mauvais calcul. Un médecin du sport m’a expliqué que même ce créneau, censé être « raisonnable », pouvait devenir un piège pendant une canicule, et que le vrai problème n’était pas l’heure que j’avais choisie, mais la façon dont je l’avais choisie une fois pour toutes, sans jamais l’ajuster à l’intensité de la chaleur du jour.

À retenir

  • Pourquoi l’heure « idéale » que vous avez choisie en début d’été peut soudain devenir un piège pendant une canicule
  • Le paramètre que les coureurs oublient systématiquement et qui change tout
  • Comment votre corps vous ment sur sa vraie capacité d’adaptation à la chaleur

Le mercure ne pardonne pas les habitudes figées

La médecine du sport est claire sur un point : au-delà d’un certain seuil, l’effort intense devient un risque, peu importe l’heure. De façon générale, la médecine du sport conseille, en France, de s’abstenir autant que possible de faire des efforts violents lorsque le mercure dépasse les 30 °C. Le problème avec ma routine à sept heures, c’est qu’elle ignorait ce paramètre. Certains matins de canicule, la température ne descend déjà plus sous les 25 degrés, et l’air reste chargé d’humidité accumulée pendant la nuit.

Le docteur Guillaume Gerbaud, médecin du sport à la clinique Chénieux de Limoges, identifie deux risques majeurs quand on court sous forte chaleur. D’abord l’hyperthermie d’effort, une élévation extrême et brutale de la température corporelle : le corps ne va pas savoir s’adapter, donc le risque repose souvent sur la déshydratation. Il insiste aussi sur un facteur qu’on néglige trop souvent : l’humidité. L’hygrométrie compte énormément, et l’armée a mis en place des tableaux selon les régions, car l’humidité dans l’air influence beaucoup le risque. Deux journées à 30 degrés peuvent donc représenter un danger totalement différent selon le taux d’humidité, ce qui rend absurde l’idée de fixer une heure de course une fois pour toutes au début de l’été et de ne plus jamais y toucher.

Pourquoi le petit matin n’est pas toujours la solution miracle

On m’avait toujours dit : cours tôt, avant que le soleil ne tape. C’est vrai, mais incomplet. Le meilleur moyen de composer avec la canicule reste de privilégier les plages horaires les moins chaudes de la journée, à savoir le début de matinée et la fin d’après-midi. Mais « début de matinée » ne veut rien dire de fixe. Lors d’un pic de chaleur, les nuits tropicales (le fait que le thermomètre ne descende pas sous 20 degrés) décalent tout le cycle. Sortir à sept heures pendant une canicule peut revenir à courir dans une fournaise qui n’a pas eu le temps de retomber.

L’autre angle mort, c’est l’exposition aux UV, qui suit un calendrier différent de celui de la température ressentie. En pleine canicule, il faut se protéger des UV surtout en pleine journée. Un footing à dix-sept heures, encore brûlant et gorgé de rayonnement direct, expose à un cumul de stress thermique et de rayonnement solaire bien plus lourd qu’un footing à six heures du matin ou après vingt heures, quand le soleil est déjà bas. Le ministère des Sports rejoint cette logique de simplicité : faire une promenade en début ou en fin de journée, lorsque la température est moins élevée, est un bon moyen de rester actif. Mais « fin de journée » en pleine canicule veut souvent dire après le coucher du soleil, pas à dix-sept heures comme je le faisais parfois par flemme de changer mes plans.

Ce que mon corps ne me disait pas encore

Le vrai chiffre qui m’a fait tiquer, c’est celui de l’acclimatation. Le corps met du temps à apprendre à gérer la chaleur, et ce délai n’a rien d’anecdotique. Les travaux sur la performance sportive en environnement chaud évoquent une période de préparation physiologique de plusieurs jours à deux semaines pour optimiser la tolérance à l’effort en chaleur, ce qui explique pourquoi certains coureurs expérimentés supportent bien mieux un même horaire que d’autres, à niveau d’entraînement comparable.

Concrètement, changer d’heure ne suffit pas si l’hydratation ne suit pas. Le corps régule sa température essentiellement par la transpiration, et si les volumes d’eau se réduisent vite sans compensation par la boisson, le corps ne peut plus réguler correctement sa température, et c’est là que le risque d’hyperthermie s’intensifie. Boire après coup, une fois la sensation de soif installée, arrive systématiquement trop tard. Le ministère des Sports rappelle aussi un point que j’ignorais complètement avant cette conversation : il ne faut pas débuter d’activité physique en période de fortes chaleurs, en particulier dans le cas d’atteintes cardiaques qui ne procurent aucun symptôme habituellement. la canicule n’est jamais le bon moment pour se lancer dans une nouvelle pratique sportive, même douce.

Ce que je fais différemment maintenant

J’ai arrêté de considérer mon créneau de course comme un rendez-vous fixe. Désormais, je regarde la météo la veille, pas seulement la température maximale annoncée, mais aussi l’humidité et l’heure du lever du soleil, qui recule progressivement à mesure que l’été avance. Si la nuit a été tropicale, je décale carrément la sortie après le coucher du soleil plutôt que de m’obstiner à sept heures.

Sur le terrain, deux ajustements ont changé la donne. Le port de vêtements clairs, d’abord : il vaut mieux privilégier les vêtements de couleur claire pendant une période de canicule, et même de couleur blanche dans l’idéal, car le tissu blanc réfléchit la lumière du soleil, alors que le noir l’absorbant, il tend à générer davantage de chaleur. Et l’acceptation, aussi, qu’un jour de canicule extrême n’est simplement pas un jour pour viser une performance. Le médecin du sport me l’a dit sans détour : mieux vaut rater une séance que forcer sur un corps qui n’a pas eu le temps de s’acclimater. C’est la nuance qui manquait à ma routine bien rodée, celle qui distingue la discipline de l’entêtement.

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