Le geste en question, c’est tout simplement grimper les escaliers. Une équipe de l’université Tulane, en Louisiane, a suivi 458 860 adultes participant à la UK Biobank pendant plus d’une décennie pour mesurer l’effet de cette habitude sur le risque cardiovasculaire. Résultat publié dans la revue Atherosclerosis : grimper plus de cinq étages d’escaliers par jour est associé à une réduction du risque de maladie cardiovasculaire athérosclérotique d’environ 20 %. Pas de salle de sport, pas de legging technique, pas d’abonnement à renouveler chaque janvier. Juste des marches, celles qu’on croise tous les jours sans y penser.
À retenir
- 458 000 adultes suivis pendant plus d’une décennie : quelles découvertes ?
- Une relation dose-réponse surprenante entre escaliers et protection cardiaque
- Le piège caché : que se passe-t-il quand on abandonne cette habitude ?
Une cohorte massive, un suivi de plus d’une décennie
L’ampleur de l’étude force le respect. Les chercheurs ont analysé les données de 458 860 adultes sans maladie cardiovasculaire au départ, issus de la UK Biobank, une base de données biomédicale à grande échelle qui recense les informations de plus d’un demi-million de participants britanniques. Sur l’ensemble des inscrits, seuls 39 734 participants, soit 8,7 %, ne montaient jamais d’escaliers au départ de l’étude, ce qui montre à quel point ce geste fait déjà partie du quotidien de la plupart d’entre nous, souvent sans qu’on le considère comme un exercice à part entière.
Le protocole a duré longtemps. Sur une durée médiane de suivi de 12,5 ans, les chercheurs ont recensé 39 043 cas de maladie cardiovasculaire athérosclérotique, dont 30 718 cas de maladie coronarienne et 10 521 accidents vasculaires cérébraux ischémiques. Autant dire un volume de données qui laisse peu de place au hasard statistique. Les scientifiques n’ont pas seulement demandé aux participants s’ils prenaient l’escalier ou l’ascenseur. Ils ont aussi croisé ces habitudes avec le niveau de risque génétique, le risque calculé à dix ans et les antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire, histoire de vérifier si l’effet protecteur des escaliers tenait même chez les personnes génétiquement plus exposées.
Plus on grimpe, plus le cœur dit merci
La relation entre l’effort et la protection cardiaque n’est pas binaire. Les chercheurs ont observé un effet dose-réponse assez net. Monter de 1 à 5 étages par jour, soit environ 10 à 50 marches, réduisait le risque de 3 % ; de 6 à 10 étages (60 à 100 marches) le réduisait de 16 % ; de 11 à 15 étages (110 à 150 marches) de 22 % ; et de 16 à 20 étages (160 à 200 marches) de 23 %. Le seuil symbolique se situe autour de cinq étages quotidiens, soit à peu près cinquante marches, un chiffre qu’on atteint sans forcément s’en rendre compte en montant chez soi plusieurs fois par jour ou en évitant l’ascenseur au bureau.
Ce qui frappe, c’est l’efficacité relative de l’exercice. L’auteur principal de l’étude, professeur d’épidémiologie à Tulane, résume la logique derrière ces chiffres. Les courtes séquences de montée d’escaliers à haute intensité représentent un moyen efficace dans le temps d’améliorer la condition cardiorespiratoire et le profil lipidique, particulièrement chez les personnes incapables d’atteindre les recommandations actuelles d’activité physique. l’escalier compresse en quelques minutes un stimulus cardiovasculaire qu’il faudrait sinon chercher dans une séance de sport plus longue et plus contraignante à organiser.
Le piège de l’abandon
Voici la partie la moins confortable de l’étude. Le bénéfice n’est pas acquis une fois pour toutes. Les participants qui montaient plus de cinq étages par jour au début de l’étude mais qui avaient arrêté cinq ans plus tard présentaient un risque de maladie cardiovasculaire supérieur de 32 % par rapport à ceux qui n’avaient jamais grimpé d’escaliers. Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête. Il suggère que renoncer à une habitude protectrice pénalise presque plus que de ne jamais l’avoir adoptée, un peu comme si le corps gardait la mémoire du confort perdu.
Ce résultat rejoint une intuition plus large en cardiologie : la régularité prime sur l’intensité ponctuelle. Un sprint occasionnel dans les escaliers ne remplace pas une habitude ancrée dans le quotidien. C’est moins spectaculaire qu’un défi sportif, mais nettement plus soutenable sur le long terme, notamment pour ceux qui travaillent en horaires décalés ou qui n’ont tout simplement pas le temps de caser une séance de sport structurée dans leur semaine.
L’étude reste observationnelle, ce qui impose une prudence de rigueur. La conception observationnelle limite les inférences causales, et la montée d’escaliers a été déclarée par questionnaire, ce qui expose à un biais de mémorisation. Les participants de la UK Biobank ne représentent pas non plus la population générale à la lettre : ce sont souvent des volontaires en meilleure santé que la moyenne, ce qui peut légèrement gonfler les effets observés. Reste un fait concret et vérifié sur plus de dix ans de suivi : la prochaine fois que l’ascenseur s’ouvre devant vous, prendre l’escalier n’est pas un détail cosmétique. C’est, chiffres à l’appui, l’un des gestes les plus rentables qu’on puisse offrir à son cœur sans changer une seule ligne de son emploi du temps.
Sources : sante-sur-le-net.com | atherosclerosis-journal.com | health.harvard.edu