Les Finlandais poussent la porte de leur sauna quatre à sept fois par semaine et ce n’est pas pour se détendre

Quatre à sept séances hebdomadaires. C’est le rythme que suivent une bonne partie des pratiquants assidus du sauna en Finlande, et ce chiffre n’a rien d’anecdotique : il correspond exactement au seuil à partir duquel la recherche scientifique observe les effets protecteurs les plus marqués sur le cœur et le cerveau. Une étude a suivi un groupe de 2 315 hommes d’âge moyen (42 à 60 ans) de Finlande orientale pendant une durée médiane de près de 21 ans. Les résultats ont fait l’effet d’un pavé dans la mare feutrée du wellness : le sauna n’est pas qu’un rituel de détente, c’est un outil de prévention cardiovasculaire aux effets mesurables.

À retenir

  • Une étude de 21 ans révèle des chiffres qui divisent le risque cardiaque par deux chez les adeptes réguliers
  • Le cerveau aussi en profite : réduction de 66 % du risque de démence pour les pratiquants assidus
  • Ce n’est pas un luxe de spa, mais une habitude quotidienne en Finlande qui cache un protocole scientifique précis

Le chiffre qui a changé la donne scientifique

Publiée dans le JAMA Internal Medicine, cette cohorte finlandaise, connue sous le nom de Kuopio Ischemic Heart Disease Study, a comparé les hommes selon leur fréquence de fréquentation du sauna. Comparé aux hommes qui ne prenaient qu’une séance de sauna par semaine, le risque de mort subite cardiaque était 22 % plus faible pour ceux qui y allaient 2 à 3 fois par semaine, et 63 % plus faible pour ceux qui y allaient 4 à 7 fois par semaine. Même logique du côté des maladies coronariennes : le risque d’événements coronariens fatals était 23 % plus faible pour 2 à 3 séances hebdomadaires et 48 % plus faible pour 4 à 7 séances, comparé à une seule fois par semaine.

Le mécanisme n’a rien de mystique. La chaleur intense fait grimper la fréquence cardiaque presque comme un effort physique modéré, dilate les vaisseaux sanguins et sollicite le système cardiovasculaire de façon répétée, un peu comme un entraînement passif. Le chercheur finlandais Jari Laukkanen, cardiologue à l’Université d’Europe de l’Est en Finlande, a supervisé la majorité de ces travaux. Selon lui, il existe une relation inverse entre la fréquence du sauna et le risque cardiovasculaire, ce qui signifie que plus on en fait, mieux c’est. Une nuance de taille cependant : il s’agit d’une étude observationnelle, qui indique seulement une association entre sauna et santé cardiaque, pas nécessairement un lien de cause à effet, comme le rappelle la cardiologue américaine Rita Redberg, qui n’a pas participé à l’étude.

Le cerveau profite aussi de la chaleur

L’histoire ne s’arrête pas au cœur. Une extension de la même cohorte, publiée dans la revue Age and Ageing, s’est penchée sur le déclin cognitif. Chez les hommes pratiquant le sauna 4 à 7 fois par semaine, le risque d’hypertension artérielle était réduit de 46 %, le risque d’AVC de 61 %, le risque de démence sénile de 66 %, le risque de maladie d’Alzheimer de 65 %, et le risque de maladie psychotique de 78 %. Des chiffres qui placent la cabine en bois brûlante presque au niveau d’un traitement préventif à part entière, tant pour les vaisseaux que pour les neurones.

Une autre étude, portant cette fois sur 1 628 Finlandais suivis pendant quinze ans, confirme la tendance côté vasculaire cérébral : prendre fréquemment un bain sauna est associé à une réduction du risque d’AVC, avec un risque réduit de 14 % pour 2 à 3 bains par semaine et de 61 % pour 4 à 7 bains par semaine, comparé à une seule séance hebdomadaire. Le point commun de toutes ces données : l’effet suit une courbe dose-réponse. Plus la fréquence grimpe, plus le bénéfice s’accentue, sans plateau apparent jusqu’à sept séances par semaine.

Pourquoi les Finlandais en font une habitude et pas un luxe

Pour comprendre ce rythme, il faut regarder la culture qui l’a produit. Il y a environ 1,6 million de saunas résidentiels en Finlande pour une population de 5,5 millions d’habitants, et presque toutes les familles en possèdent un. Le sauna n’y est pas un spa occasionnel du week-end, c’est un meuble domestique, aussi banal qu’une cuisine équipée. Cette pratique traditionnelle est ancrée dans le pays depuis 2000 ans, bien avant que la science ne s’y intéresse.

Sur le plan pratique, la séance type suit un protocole assez précis. Le sauna sec s’expose à une chaleur élevée d’environ 80°C au niveau du visage, plutôt sèche (10 à 20 % d’humidité obtenue en arrosant des pierres brûlantes), pendant 2 ou 3 sessions de 15 minutes, entrecoupées de courtes périodes de récupération. Rien d’extrême, donc : pas besoin de battre un record de résistance à la chaleur, juste de répéter le geste plusieurs fois par semaine, avec des pauses.

Ce que ça change pour nous, sous nos latitudes

Reproduire ce rythme à Paris ou à Lyon relève évidemment d’un défi logistique différent : peu de foyers français possèdent un sauna, contrairement à la quasi-totalité des maisons finlandaises. Mais le principe reste transposable dans une salle de sport ou un spa urbain, à condition de respecter quelques règles de bon sens. Boire suffisamment d’eau, se rafraîchir après la séance et rester attentif aux sensations de son corps sont des éléments essentiels pour éviter les problèmes liés à la chaleur. Pour les personnes ayant des antécédents cardiovasculaires, l’avis médical préalable reste la règle, même si les études suggèrent que la pratique peut rester bénéfique dans certains cas suivis.

Ce qui frappe, au fond, c’est le décalage entre l’image qu’on se fait du sauna en France, un moment cocooning entre deux longueurs de piscine, et la réalité finlandaise, où la fréquence prime sur le confort. Les chercheurs eux-mêmes notent que l’usage quotidien du sauna est courant en Finlande et généralement bien toléré chez les adultes en bonne santé. Le detail qui change tout : ce n’est pas la durée d’une session isolée qui compte le plus, mais la régularité cumulée semaine après semaine, sur des années. Une logique proche de celle de l’exercice physique, sauf qu’ici, il suffit de s’asseoir et de transpirer.

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