Lever la tête hors de l’eau en brasse pour « protéger » son dos, c’est l’erreur la plus répandue chez les nageurs loisir. Le geste part d’une bonne intention, mais il produit l’effet inverse : il cambre les lombaires et comprime les cervicales, exactement les zones qu’on cherchait à soulager. La logique semblait pourtant limpide : garder la tête sortie, c’est éviter de plonger le visage, de boire la tasse, de perdre le contrôle. Mais la colonne vertébrale, elle, ne fonctionne pas comme un périscope.
À retenir
- Une position supposée « protectrice » crée exactement les problèmes qu’on voulait éviter
- Deux zones de la colonne vertébrale paient le prix d’un seul mauvais réflexe
- La vraie solution technique existe, mais elle demande une correction précise du geste
Le mécanisme qui abîme le dos
Quand la tête reste continuellement au-dessus de la surface, le corps entier doit compenser pour ne pas sombrer. Même si de nombreux cours de natation enseignent aux apprentis à nager la brasse avec la tête hors de l’eau, cette façon de nager n’est pas la bonne : en gardant la tête hors de l’eau, on augmente les résistances à l’avancement et les risques de blessures au niveau du dos. Concrètement, le bassin bascule, les lombaires se creusent et la nuque part en extension permanente pour maintenir le regard vers l’avant.
Un kinésithérapeute consulté sur le sujet résume la situation sans détour : il faut éviter la brasse qui cambre le dos, notamment la brasse avec la tête qui reste à l’extérieur de l’eau, « ça c’est le pire ». Ce n’est pas une nuance esthétique, c’est une question de charge mécanique. La brasse avec la tête hors de l’eau provoque une hyperlordose lombaire qui à son tour entraine une irritation du nerf sciatique ou des douleurs au cou à cause d’une hyperlordose cervicale.
Le comble, c’est que cette position censée « économiser » le dos le fatigue davantage. Garder la tête hors de l’eau désaligne le corps et accroît la résistance à l’avancement : nager la brasse devient plus difficile, plus fatigant, et les risques de blessures augmentent. On dépense plus d’énergie pour un résultat biomécanique catastrophique. Une étude de médecine du sport le confirme d’un point de vue plus technique : au niveau du rachis thoraco-lombaire, les nages symétriques comme la brasse produisent des contraintes répétées en flexion-extension, et l’hyperlordose est responsable d’une surcharge de l’arc postérieur.
Ce que la kinésithérapie observe sur les cervicales
La nuque paie double tribut. Maintenir la tête relevée en permanence sollicite des muscles cervicaux qui, normalement, ne travaillent pas en statique prolongée dans l’eau. Nager la brasse avec la tête hors de l’eau sollicite énormément les cervicales du fait que la tête reste relevée, et dans cette position, la courbure naturelle du dos au niveau des lombaires est encore plus accentuée puisqu’on est obligé de se cambrer davantage pour se maintenir à la surface.
Une nageuse ayant subi une opération des cervicales raconte d’ailleurs sur un forum spécialisé qu’elle n’a appris que la brasse coulée, heureusement, car les tensions arriveraient vite si elle nageait tête hors de l’eau. L’anecdote vaut plus qu’un long discours théorique : elle illustre à quel point cette position est identifiée comme un facteur aggravant chez les personnes déjà fragiles au niveau du rachis cervical.
Le site e.Leclerc, qui a interrogé des professionnels sur les nages à éviter en cas de mal de dos, tranche dans le même sens : la brasse tend à creuser le dos, induisant un risque d’hyperlordose lombaire qui se manifeste par une cambrure excessive, et implique bien souvent une hyperflexion de la nuque, ce qui la rend fortement déconseillée pour le dos. Deux zones touchées, un seul mauvais réflexe postural à l’origine des deux.
La brasse coulée, la vraie solution technique
Rien n’oblige à abandonner la brasse. Le problème n’est pas la nage elle-même, c’est la façon de la pratiquer. La version dite « coulée », où la tête s’immerge entre chaque cycle de bras, change complètement la donne. La brasse coulée se pratique avec la tête sous l’eau : la résistance est bien moindre et la glisse est grandement améliorée, la tête se trouvant alors dans l’alignement de la colonne vertébrale. Exerçant moins de contraintes sur celle-ci, elle n’est pas source de douleurs comme peut l’être la nage tête hors de l’eau.
Le geste technique à corriger est précis : ne pas trop lever le menton au moment de respirer. Lors de la prise d’air, mieux vaut éviter de trop lever la tête, au risque de nuire au bon alignement entre la tête et le dos. La tête doit remonter juste assez pour que la bouche affleure la surface, puis replonger immédiatement, dans le prolongement naturel du tronc. Pour les nageurs qui galèrent à trouver cet alignement, un tuba frontal peut aider en phase d’apprentissage, en forçant la tête à rester basse et neutre pendant les longueurs de mise en confiance.
Et si la brasse n’est vraiment pas faite pour votre dos ?
Certains rachis ne tolèrent aucune version de cette nage, même bien exécutée. Dans ce cas, le dos crawlé reste la référence citée par la majorité des professionnels consultés dans la presse spécialisée : le crawl et le dos crawlé sont très souvent recommandés pour les personnes souffrant de douleurs dorsales chroniques, parce que la position horizontale sur le dos n’impose aucune extension forcée de la nuque.
Le vrai enjeu, en réalité, n’est pas de bannir une nage mais d’écouter ce que le corps signale. Interdire totalement la brasse paraît contre-productif, sauf sérieux problèmes de santé : le dosage et la technique comptent davantage que le style choisi. Un dernier détail, souvent oublié : même en version coulée, la brasse sollicite fortement les muscles lombaires à chaque poussée de jambes, un point que la médecine du sport souligne aussi pour le crawl. Alterner les nages sur une même séance reste donc le réflexe le plus simple pour ne pas répéter indéfiniment la même contrainte sur la même zone du dos.
Sources : natationpourtous.com | karkoa.com